LA POÉSIE

Pas de commentaire

Je suis le caillou d’or et de feu que Dieu jette,

Comme avec une fronde au front noir de la nuit.

Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit ;

Ô nations ! Je suis la poésie ardente…

— Victor HUGO (Les Châtiments)

Rainbow Woman

La poésie, qu’est-ce donc pour moi ?

Plus qu’un fantasme qui déplante le décor

Les mornes pénitences d’anges déchus mordus par le remords

Des gaulois qui se peignent un avenir aveugle

À l’aide de voyelles dont ils ignorent le trafic veule

Plus loin, l’usure du réel…

La poésie, qu’est-ce donc pour moi ?

La flamme mystique qui vole dans le vent

Le cri inexprimable de symboles déments

Le grain de fables qui gomme nos douleurs

La sirène affable qui endort son guillotineur

Le château de sables dans lequel croupissent nos peines

La bourrasque de rayons qui voile nos torpeurs vaines

Le désert qui mène nos errances à l’oasis de l’art

La brèche faite dans le temps par des chants épars…

Seul un poète peut sculpter l’Éternel

En noir et en gras dans le néant blême des carnets

Seul un poète peut occulter l’éphémère

Des doigts et des pas de l’amour incarné

On immortalise ces muses aux visages de camées

Puisqu’il faut que le monde se construise sur des ruines

Et non sur des poèmes…

La poésie, qu’est-ce donc pour moi ?

Plus qu’un S.O.S. qui ébranle l’olympe

Le chapelet ardent d’une pieuse nymphe

L’envie de vivre intensément le banal

De brosser son goût pour la rigolade

En dansant sous la pluie sans sonnerie

En hurlant tel un ours son hystérie

En contant que son jardin a si peu fleuri

Que l’abeille et le pissenlit en ont pâli

Car si frontière surréelle entre rêve et réalité

La poésie, c’est le no man’s land de vérité !

— Gilles F. Dogbo

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