LE SENS D’UNE OEUVRE POETIQUE APPARTIENT-IL A SON CREATEUR ?

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La table de chevet d’un illustre poète – Charles Baudelaire !

ET SI ON PARLAIT POÉSIE

Je pense que le poète est plus prisonnier que maître de ses émotions.

L’effort sublime en cet art est de restituer par le courroie de la puissance et de la ferveur des mots l’élan pur et ivre d’une âme à mille égards tourmentée… de s’en faire maître ! Mais quel en serait le plaisir si l’œuvre poétique était réduite à une simple confession, s’il s’agissait de dire et non de faire vivre l’instant d’une strophe la gaieté ou l’amertume d’une séparation ?

C’est que la poésie est un langage au dessus de tout autre langage.

De façon articulée nous transmettons nos idées, donnons des ordres. L’œuvre poétique sera d’autant plus réussie que les mots qu’elle porte en son sein s’humilieront pour se métamorphoser en des voitures miniatures riches d’émotions, de sentiments : déjà le sens s’efface au profit de l’émotion… Dans le cas de la poésie, ce n’est pas un langage d’esprit à esprit mais un langage d’âme à âme!

Quel profit pour le poète de transmettre les idées de liberté ou d’indépendance ?
Le profit est d’embraser l’âme de liberté, de la plonger au plus profond de ces eaux amères où le sentiment d’avoir vécu et de vouloir vivre apparaissent inaliénables à celui qui savoure l’œuvre. Où les mots se font rythme et pouls, insaisissables et envoûtants.

Et si jamais le lecteur est à même de savourer l’œuvre poétique plus intensément que celui qui l’a produite. Que dis-je, transcrite… C’est que nul n’est dépositaire du message d’une œuvre poétique.

— Gilles D. Fabien


(c) Illustration d’un artiste inconnu